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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:36

 

 

 

 

Magnétisés par l'approche encore incertaine d'un vaste hangar où viennent se jeter les faisceaux métalliques, nous traversons l'avenue Vincent Auriol     

Gare d'Austerlitz et dome Salpètrière vue du Bd Vincent A

           Un château d'eau, une haie d'honneur de câbles électriques ... les courbes rectilignes des voies ferrées s'interrompant, s'entrecroisent, se chevauchent, se contredisent avant de trouver place et de se ranger en accord parfait. Mais plus loin, un dôme se singularise de l'amas de ferraille.

 

      Nous venons d'être éconduits du territoire de chasse gardée qui entoure la Halle Freyssinet en ce dimanche après midi, renonçons à gravir les volées de marches qui mènent au métro aérien. En face de l'édicule, se dresse un immeuble de béton hermétique et percé d'orifices rectangulaires. Le pragmatique blockhaus  abrite un très sérieux institut de cardiologie. Une entrée officieuse qui mène à une oasis de verdure se tient à ses côtés ; nous entreprenons, dans le sens inverse des panneaux de direction, la traversée des jardins d'un vénérable hôpital de Paris.

 

 

Arrivée La Pitié - Vincent Auriol

 

La Pitié Salpêtrière, une sévère accolade  qui  parvient à contenir toutes entières, d'une main la grande détresse, de l'autre l'apparente bienveillance d'une volonté de soulager la misère humaine.


Allée centrale - La Pitié

Un vigile s'est approché de nous : il demande ce que nous cherchons et m'enjoint à laisser un peu de repos à mon apn. Il se radoucit et m'indique un chemin : tout droit, tout droit, tout droit.

 Nous nous laissons porter comme dans un rêve, et traversons une enfilade  des porches  qui ouvrent chaque fois sur de nouvelles cours (les "divisions"). A nos côtés, des familles entières s'adonnent à une promenade dominicale ordinaire, les enfants jouent à chat, des couples plus âgés s'interrogent avec recueillement sur l'âge et la fonction des bâtiments qu'ils rencontrent sur leur chemin. L'urgence et l'affliction semblent loin de ce monde.

Panneau Allée de la Lingerie - La Pitié

Et pourtant, des panneaux rappellent discrètement la mission première de la petite cité jardin où de parfaits inconnus se croisent en souriant ; L'Avenue de l'Hôpital Général remonte le temps, au gré des allées qui l'entrecoupent latéralement  (rues des Fermiers Généraux, Esquirol, de l'Infirmerie Générale, de la Lingerie), ou parallèlement (Rues Saint Vincent de Paul, Allée Le Vau, Avenue de la Nouvelle Pitié) et évoquent de près ou de loin l'historique des lieux. 

 

Jardins de la Pitité et anciens bâtiments

On désigne par salpêtre  l'aggloméra de résidus (composés en grande partie de chlorure de sodium) qu'on trouve sur les vieux murs.

 

 Sous Louis XIII une structure hospitalière ayant pour vocation de recueillir les femmes en couches est édifiée, à l'emplacement d'une fabrique de poudre implantée au milieu d'un village qui comprenait un château sur les terrains marécageux de l'Arsenal (bras mort de la Seine). L'hôpital général est agrandi en 1654, à la demande la régente Anne d'Autriche (Louis XIV n'a que seize ans), sous l'influence de Saint Vincent de Paul, par les architectes Le Vau et Muet. Il occupe l'emplacement actuel de la gare d'Austerlitz et une partie du Jardin des Plantes.

 

Le plus ancien hôpital de Paris, l'Hôtel Dieu,  édifié au Moyen-Âge pour recueillir les pèlerins, les démunis et les malades, ne peut plus répondre aux besoins des exclus dont le nombre ne cesse d'augmenter.  

C'est alors que le pouvoir royal  tout en prenant aux ecclésiastiques l'hégémonie de la fonction hospitalière,  décide d'enfermer quiconque risquerait  de porter atteinte à  l'ordre public : femmes de mauvaises vie, vagabonds, fous, mourants, malades contagieux . Né d'une  vocation évangéliste plus que charitable, le traitement des infortunés se fait répressif autant qu'arbitraire : survient l'heure du grand enfermement des pauvres. Mauvais traitements et privations de toutes sortes sont le lot des pensionnaires vulnérables et sans défense.

Afin de catégoriser les parias de la société, plusieurs hôpitaux sont construits à cette époque : Laennec (Hospice des Incurables), Saint-Louis (pour les pestiférés). Les femmes sont incarcérées dans les bâtiments de la Salpêtrière, les hommes à Notre Dame de la Pitié (rue Lacépède, non loin de l'actuelle Grande Mosquée de Paris), les garçons à Bicêtre.

Un coin de la Pitié et le dome de St Louis

A pas réguliers et contenus, nous nous faisons chaque instant plus proches du dôme, dont vous apercevions la silhouette le long des voies ferrées, presque au même niveau, de loin, que le hangar de la Gare d'Austerlitz. Nous goûtons la douceur du jardin qui favorise les guérisons, et apporte dans les pires moments, espoir et réconfort.

 

Entrée latérale - St Louis de la Pitié

Le dôme couronne une chapelle aux bras en croix. Initiée par Le Vau, achevée par Bruant , elle porte le nom de Saint-Louis de la Salpêtrière

 

St Louis de la Pitié - vue intérieur2

 

      Vas et viens de passants, d'un pavillon de l'hôpital à l'autre ; ils traversent d'une traite les nefs que vient interrompre un espace central éclairé par le soleil, et se dirigent à la hâte vers une coure opposée.

Autant de passagers du temps avec leur propre histoire, chacun accomplissant sa marche sur l'adversité dans l'espérance.

 

 

 

 

 

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commentaires

Patrick 14/05/2011 18:50



Avec retard je découvre et apprécie tes derniers articles.


Amitiés.



Jacques 13/05/2011 10:41



Excellent et passionnant reportage sur ce haut lieu de l'histoire de Paris, joliment illustré comme à l'accoutumée et remarquablement documenté; on ressent beaucoup d'émotion dans cette évocation
d'où il ressort que quelle que soit l'époque, il est malvenu d'être en dehors d'une certaine normalité.


Quel plaisir aussi à lire ce texte au vocabulaire riche, recherché et  plaisant qui plus est en dépit de la gravité du sujet !


Une remarque si je puis me permettre; j'ai noté au passage me semble-t-il quelques fautes de frappe (incarnées pour internées par ex) voire d'orthographe mais peut-être n'est-ce qu'un effet voulu
ou l'usage d'un vieux français qui m'est inconnu (comme cour avec un e)  car ceci est tellement exceptionnel ici
et bien entendu, cela n'altère absolument en rien la qualité de ce billet remarquable.


Il m'est arrivé de passer par cet hôpital et sans en connaître alors son histoire, je me souviens y avoir déjà ressenti un sentiment étrange; désormais, il faudra que j'y repasse...


Merci pour les visites.


Amitiés



vikki 12/05/2011 16:19



encore une jolie découverte grâce a toi .


merci pour nous faire découvrir de beaux coins de Paris !


bonne journée !



Marine D 12/05/2011 15:57



J'en ai souvent entendu parler sans l'avoir jamais vu... 



Patrick-l'autunois 08/05/2011 11:27



Belle visite !!!



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