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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:36

 

 

 

L'adresse figurait en bonne vue dans mon répertoire. J'avais franchi une première fois l'imposant portail du n° 104 de la rue d'Aubervilliers, un jour très particulier d' octobre 2008. L'endroit m'avait plu : nous sommes revenus.

 

Vue d'ensemble rue d'Aubervilliers

 

La rue d'Aubervilliers s'étire en arc de cercle de la place Stalingrad au bassin de la Villette et borde les rails de chemin de fer. Autrefois faite d'une enfilade d'entrepôts, d'ateliers industriels, d'immeubles vétustes et de façades anonymes, elle s'est longtemps définie comme un simple passage: transport de marchandises, mais aussi départ des défunts pour un autre monde. 

 

 

 

Immeubles en trompe l'oeil - rue d'Aubervilliers 1

 

Au cours des dernières décennies, un généreux élan d'urbanisation a soufflé sur les quartier populaires. Les immeubles, laissés à l'abandon, sont progressivement pulvérisés, leurs habitants relégués dans le meilleur des cas en ville, dans des HLM confortables et sans âme, le plus souvent  dans de lontaines banlieues. A l'ombre des gigantesques "Orgues des Flandres" et de la cité Curial, des trompe-l'oeil aimables et proprets maquillent  palissades et murs aveugles, derrière lesquels poussent de confortables résidences destinées désormais à des occupants aisés.

 

 

le 104 rue d'Aubervilliers façade (1)

 

Au n° 104 de la rue, une grande porte à laquelle on ne prêtait pas attention, et dont seuls quelques 1400 initiés franchissaient quotidiennement le seuil.

 

 Les 104 rue d'Aubervilliers Panneaux

 

      A la faveur de la réhabilitation récente de l'immeuble, le Cent-Quatre s'étale  en toutes lettres sur l'ancienne façade des Pompes Funèbres de Paris, là où une fabrique d'art remplace celle des cercueils.

 

Le 104 entrée et aperçu manège carré Sénart

 

Nous venons de passer en battant le pavé, la porte d'une ville dans la ville, et pénétrons, sans encombre, dans un autre monde, convivial, aérien, ludique.

 

Le 104 - Cour de l'Horloge



Enclavés derrière des façades sans éclat des immeubles voisins, deux halles gigantesques, dont on ne supposerait jamais ni l'existence, ni l'ampleur se succèdent en enfilade.

Lors de la séparation officielle de l'église et de l'Etat en 1905, l'organisation des obsèques est laissée à la charge excluisve de la ville de Paris qui y installe ses bureaux et ateliers.

 

Halle Curial au 104 - Decente vers les Ecuries

 

Les employés municipaux se placent au service des défunts les plus anonymes, comme des plus illustres. Recrutés sur concours ont pour tâche de s'occuper de A à Z de la préparation et du déroulement des funérailles : confection des tentures noires installées par les "tendeurs" autour des portes des maisons endeuillées, des catafalques brodés d'argent  ornés de larmes de cristal par des mains industrieuses, fabrication des cercueils par des charpentiers.

 

Halle Curial au 104 - Porte d'écurie

 

Le transport des défunts est  assuré   par la force motrice de chevaux à robe noire et lustrés,  nécessitant la présence attentive de palfreniers, 

 

Cour Curial et chateau d'eau - 104

 

et celle d'un château d'eau pour être abreuvés...

Les chevaux devaient toujours être au mieux de leur forme pour tracter avec élégance les solennels convois. Les activités industrieuses du quartier générant un air vicié, les chevaux se voyaient,  avant même que ne soit votée la loi sur les congés payé offrir à tour de rôle un voyage pour "respirer l'herbe verte de Normandie"...

 

Halle Curial au 104 anciennes écuries

 

L'automobile prend par la suite, la tête  des convois. Des ateliers de mécaniciens prennent place  pour entretenir des fourgons noirs simonisés et fleuris par les soins de" l'usine à deuil".

 

 

L'horloge - Cour de l'Horloge au 104

 

1987 l'heure de la fin du monopole d'Etat  de l'industrie des Pompes Funèbres a sonné. Des entreprises privées s'arrachent le secteur et l'activité du 104 se ralentit avant de cesser complètement dix ans plus tard. La spéculation immobilière fait rage : les bâtiments échappent de peu au bulldozer.

 

 

Verrière Cour Curial au 104

 

Le site est classé, et se tranforme un centre de production

et de création artistique

Les funestes activités prenaient place dans la convivialité

et la bonne humeur

Les anciens reviennent sur leur lieux de vie avec émotion...

Le 104 revit de ses cendres !

 

 

 

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commentaires

isabelle 20/01/2011 18:48



ça donne vraiment très envie de découvrir ce lieu rénové et dédié à l'art.


Merci pour cette découverte que je ne manquerai pas d'aller visiter le plus rapidement possible.


Bisous à pistol



virjaja 18/01/2011 16:16



étonnant endroit, je ne connaissais pas du tout!



Léopoldine 16/01/2011 05:28



J'apprends tant en te lisant...Tes visites sont enrichissantes et si bien contées... Un réel plaisir de découvrir ce lieu plein d'histoire en ta compagnie.


Bien amicalement,



Quichottine 09/01/2011 16:11



Je ne connaissais pas du tout et j'ai découvert avec plaisir ce bâtiment en ta compagnie.


Superbes images et précisions très intéressantes.


J'aurais beaucoup appris chez toi aujourd'hui. Merci !



Martine 09/01/2011 06:11



Bon dimanche. Bises Armide et ...



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Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Balades avec mon chien, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Armide mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Balades avec mon chien et je suis loin d être seule !

       

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