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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 01:35


"Je viens d'entendre une chanson
Entre Pigalle et Blanche
Mais il se peut qu'ce soit aussi
Entre Blanche et Clichy"

 (Patachou)



"White la peur qui vous rassure
White le boulevard sous la bavure
White la morale et le nombre
Pigalle devient blanche quand les bronzés sont à l'ombre
Back vers la lumière dorée
Back vers l'épaisseur des forêts
Back très loin de Babylone
Je veux repartir vers les tambours qui bastonnent"

 

(Bernard Lavilliers)




La proximité des gares du Nord et de l'Est propice aux affaires, l 'enfilade des théâtres et cabarets  concentrés le long des grands boulevards ont du favoriser la construction de ces immeubles cossus. L'une des première lignes de métro (la ligne n°2 en l'occurrence, qui relie l'Etoile à la Nation, desservait  en priorité ces  quartiers où on aimait se divertir).


Les ateliers d'artistes étaient toujours orientés au nord pour permettre aux  peintres de Montmartre de bénéficier d'une luminosité optimale.
On se prend à douter que ces lofts soient encore aujourd'hui habités par des artistes ; les spéculations immobilières les en ayant progressivement chassés au profit des tout nouveaux "Bobos".



Les riverains ont longtemps milité pour que l'allée centrale du boulevard de Clichy, longtemps affectée au parking de voitures et d'autocars touristiques soit réaménagée. Le maire de Paris a répondu favorablement à cette requête, et l'allée parée d'arbres, est devenue une aire de promenade très appréciée. Les boulistes disposent même d'espaces aménagés.


Les ateliers se suivent et sur le trottoir opposé, côté soleil, les immeubles 1880 leur font face.


avec parfois des échappées inattendues et bienvenues


Le "Passage sur Midi",


Villas et bains douches


La "villa des Platanes" construite en style néo-renaissance,




De but en blanc, le commerce du sexe, parmi d' autres...



Il existait déjà en 1890, sous l'aspect d'une modeste chaumières sous le nom de "Cabaret des Arts".


 En 1925 il est rebaptisé "Théâtre de Dix heures", à la suite d'une boutade de Georges Courteline (un personnage déclare : "je vous dis que l'homme qui fondera un théâtre de dix heures, confortable, élégant, et où on ne jouera que des pièce gaies - car les heures ont leurs exigences - gagnera une fortune par la force des choses - par le seul fait qu'il étanchera une soif" ("Les linottes")).
Ferréol le prend au mot et lui assure un succès programmé.


Jusque dans les années 1960, les chansonniers s'y produisent se moquant des personnalités de l'époque et profitent, pendant les hostilités des années 1940, de la connaissance limitée de la langue française par l'occupant, pour tourner l'ennemi en ridicule. Depuis lors, on y rit toujours beaucoup...Jean Amadou, Henri Tisot et Therry Le Huron s'y produisirent...

La tradition de la bonne humeur est entretenue aujourd'hui avec les passages d'Elie et Dieudonné, Franck Dubosc. Muriel Robin est la marraine de cet établissement qui ne compte que 140 fauteuils rouges,  où les comédiens et leur public se trouvent  étroitement rassemblés.

 En 2007, les droits du petit Théâtre sont rachetés par "Juste pour Rire" une "marque "issue du Festival du même nom crée en 1983 à Montréal, dans le Québec par Gilbert Rozon. impresario de Charles Trenet et producteur de nombreux comiques actuels Les Festival Juste Pour Rire, dont le démarrage a été difficile, a depuis lors pris son essor et atteint une renommée internationale. Il se tient annuellement à Montréal, Chicago, Toronto, Nantes et Paris.


En 1998, Gibert Rozon doit faire face à des démêlées avec la Justice pour agression sexuelle sur mineures ; il cède la place à Alain Cousineau à la tête de ce Festival, mais demeure à la tête du groupe.

 


Brel, Gainsbourg, Brassens, Vian y ont fait leurs débuts. Pendant plus de quarante ans le théâtre fut laissé à l'abandon.



Récemment, Charles Azenavour et Pierre Perret se sont adressés au maire du XVIIIè arrondissement et lui ont demandé de rouvrir cette salle (fermée en 1967 et rachetée par la Ville de Paris qui l'avait transformée en centre culturel).  Depuis 2001 "Les trois Baudets" dont la façade "Art Déco" a été rénovée, a retrouvé sa vocation première : la découverte de nouveaux talents de la chanson francophone et la présentation de spectacles d'avant garde.

 L'idée première qui a motivé sa remise en fonction consistait à favoriser l'éclosion de jeunes talents de la  la chanson française trop figée dans une image passéiste.



En face, bordant l'angle du trottoir opposé de la rue Coustou, le cabaret "Le Chat noir"

"Je cherche fortune
Autour du chat noir
Au clair de la lune
A Montmartre
Je cherche fortune
Autour du chat noir
Au clair de la lune
A Montmartre le soir
"
(Aristide Bruant)



Né à Courtnay  (dans le Loiret) en 1851 d'une famille bourgeoise, Aristide Bruant mène une scolarité studieuse. Malheureusement, son père alcoolique notoire ayant fait mauvaise fortune, la famille se réfugie à Paris et doit fréquemment déménager pour échapper aux créanciers. Aristide doit rapidement renoncer aux études et se fait engager comme franc tireur à la faveur de la guerre de 1870, avant de vaquer à différents petits boulots : employé chez un avoué, dans les arrières boutiques de bijoutiers, à la compagnie des chemins de fer du nord. Il se réfugie dans les cafés douteux où se rassemblent les malheureux et commence à se prendre de passion pour l'argot. Il compose des chansons reflétant la révolte des désespérés contre les fils à Papa et se produit dans des guinguettes où il est apprécie avant de finir  par obtenir ses entrées au Chat Noir où Salis, le fondateur de l'établissement, accepte ses tours de chants mais ne lui octroie que le droit d'y vendre ses "petits formats" (BD en noir et blanc de format poche).

Son franc parler, la brutalité de ses expressions, l'imagerie éloquente de ses chansons lui valent renommé. Toulouse Lautrec le "croque". Le succès de "Nini peau de chien" et autres "Totolaripette" lui valent bientôt une situation financière suffisamment confortable pour qu'il puisse racheter un château, à Courtnay, sa ville natale.



Le Chat noir fut institué par Rodolphe Salis.


Fils d'un limonadier de Chatellerault. Il monte à Paris, s'installe au quartier latin et où il peint en série des sujets de piété dont il vit péniblement. Convaincu qu'il peut allier Art de Débit de boisson, il ouvre en 1881son premier établissement au n° 84 de l'avenue de Clichy, à l'emplacement d'un ancien bureau de poste, qu'il nomme en souvenir d'un chat noir  trouvé sur le trottoir. Quelques années plus tard, gêné par la présence agitée de voyous dans les environs, il déménage  rue Victor Massé, une voie située dans un voisinage proche, dans le neuvième arrondissement.

Au lendemains des événements de 1870, de nombreux cercles littéraires  fleurissent au quartier latin. Les "Hydropathes" (ou "allergiques à l'eau) créé par Emile Goudeau déménage du 6è arrondissement pour prendre leur quartier général au "Chat Noir"

'Hydropathes, chantons en choeur,
La noble chanson des liqueurs"
(Charles Cros)



Pour s'opposer à un projet immobilier dans les années 1920, Francisque Poulbot et son amis architecte, Romain de Lahalle décident de créer en lieu et place, une aire de jeux pour enfants qu'ils baptisent "Square de la Liberté". L'idée fait son chemin et le lieu est retenu pour la plantation de deux milles plans de vignes.

 Les premières vendanges du "Clos de Montmartre" situé entre la rue des Saules, Saint Vincent et le "Lapin Agile", ont lieu en 1934 en présence d'Albert Lebrun président de la République et sous le parrainage de Mistinguette et de Fernandel. Les vendanges de Montmartre renouent avec une tradition initiée par les Romains présents en leur temps sur la colline de Montmartre, et reprise par les Dames de l'Abbaye de Montmartre qui n'acceptent de laisser leur terres en fermages qu'à condition qu'on y plante des vignes dont elles perçoivent des droits de pressoirs.

Les vins s'appelaient "Goutte d'Or, la "Sacalie" et la "Sauvageonne" avant d'être regroupés sous le label " Le Picolo" de Montmartre.

Le raisin est pressé dans les caves de la mairie du XVIII. Mais la qualité du breuvage s'est considérablement dégradé depuis le XVIII è siècle. Concurrence d'autres vignobles, poussée démographique, exploitation des carrières ont nui gravement à la qualité de la production vinicole montmartoise qui ne se résume plus qu'à un prétexte pour se souvenir et  se réjouir.




Aujourd'hui, la fête des vendanges, inconnue des touristes, célèbre les retrouvailles des habitants d'un village, celui du Montmartre Libre, des Compagnons de Montmartre et des confréries vineuses.  Les artisans de bouche de toutes les régions de France sont invités à participer à cette grande fête annuelle.


Mais déjà la nuit s'annonce et va éclairer les parties visiblement évidentes de Pigalle








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commentaires

morsli 01/12/2009 11:41


Même si j'apprécie le passage vert débarrassé des voitures, les façades des immeubles, les ruelles cossues...c'est surtout la vision et l'historique des cabarets dont les noms ont bercé et continue
de cotoyer notre esprit qui m'ont passionné dans ton article.Ce sont des textes qu'il faut lire et je les ai lus avec plaisir!
Merci Armide. 


Armide 02/12/2009 11:14


La vie et le coeur de Pigalle/Montmartre.Un quartier de contrastes


Jean-Claude 29/11/2009 09:49


J'ai poursuivi ma visite, merci pour cet agréable moment, j'ai appris plein de choses...

A+  JCP


Armide 01/12/2009 23:08


Je viens de me régaler à la lecture du texte sur le serpent sur ton blog.


Martine 29/11/2009 06:25


l'architecture de certaisn immeubles est vraiment superbe pour qui sait lever la tête.... J'aimerais assister à la fête des vendanges. Ce sera pour une autre année. Bon dimanche et clics


Armide 01/12/2009 15:58


Le vin de Montmartre est immonde. Mais l'absinthe purifiée est de nouveau légale. Et une démonstration m'a été faite quant à sa préparation dans une boutique du quartier.


Mimisan 29/11/2009 03:46


Oui, c'est bien cela. Mais elle , elle n'est ni artiste (mais si elle sait faire des tas de choses) ni bobo Quand on entre
dans ces allées, on se sent soudain très loin. C'est très agréable.


Armide 01/12/2009 16:13


Surtout pas "Bobo", bien qu'assaillie par les "Bobos"


AE 28/11/2009 14:05


merci pour cette belle balade !
merci aussi pour ta gentille visite !
bisousclic


Armide 01/12/2009 21:28


Si tu veux voir Pigalle la nuit, la visite continue...


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